Il y a cette célèbre citation faussement attribuée à Einstein :
« Si on juge l’intelligence par l’habileté à grimper aux arbres, le poisson va croire toute sa vie qu’il est stupide. »
Cette citation, je l’avais toujours en tête lorsque j’élaborais mes stratégies en tant qu’entraîneur. Je tenais compte de la force/faiblesse de mes joueurs. Je ne voulais surtout pas mettre ce mythique poisson devant un arbre.
Ce qui m’amène au fameux système défensif de MSL. Je me demande parfois si MSL n’essaie pas d’instaurer une forêt, avec une gang de poissons et d’éléphants. Vous voyez le problème?
Ça fait longtemps que j’y mijote mais je ne trouve pas le temps nécessaire pour y réfléchir aussi longuement que je le voudrais …
—–
Si vous connaissez tout des systèmes défensifs, vous pouvez sauter cette section.
Systèmes défensifs
Il existe trois catégories de systèmes défensifs :
Les défensives de zone
Les défensives homme-à-homme
Celles qui utilisent un mix des deux, que l’on dit « hybrides »
Dans la LNH, je pense que personne n’utilise l’homme-à-homme (si, les Hurricanes peut-être?). Donc on voit des défensives « zones » et « hybrides » exclusivement. Si quelqu’un parle d’une défense « homme-à-homme » il fait probablement référence à une défense hybride (par simplicité), ou encore il réfère spécifiquement à la composante « homme-à-homme » de la défensive hybride.
C’est la composante homme-à-homme qui fait jaser car c’est elle qui est plus complexe et ses erreurs sont coûteuses.
Au contraire, les défensives de zone sont plus sécuritaires car il y a plusieurs couches de protection. Aussi, les défensives de zone sont conçues pour que l’on se retrouve en surnombre sur le porteur de la rondelle.
MSL a opté pour une défensive hybride. Les joueurs du Canadien alternent donc entre une défensive homme-à-homme ou de zone en fonction de la situation :
– Les joueurs adoptent l’homme-à-homme quand la rondelle est plus haute dans le territoire.
– L’équipe retourne en défensive de zone lorsque la rondelle est plus basse dans le territoire.

Photo: Le CH adopte l’homme-à-homme lorsque la rondelle est haute dans le territoire

Photo: Les Kings (en blanc) joue une défensive de zone (ici très passive, si vous voulez mon avis) en tout temps
Les problèmes, en général, avec la défensive hybride :
1) La composante homme-à-homme consomme beaucoup d’énergie. Il faut être constamment en mouvement pour suivre son homme et batailler pour rester du « côté défensif » (et non se retrouver derrière le joueur).
2) Une bataille perdue signifie automatiquement une grande chance de marquer car tous nos coéquipiers sont déjà occupés avec leur homme. Il n’y a personne en support.
3) Les équipes ont établi des jeux pour profiter des faiblesses de la défensive hybride. Comme ce moment charnière où l’on transitionne entre les deux systèmes pour créer de la confusion. Ou encore créer du chaos en amenant des ailiers devant le filet et des défenseurs plus haut dans la zone… là où ils ne sont pas dans leur élément (j’ai vu une équipe récemment qui amenait systématiquement Caufield devant le filet).
4) Les équipes adverses vont profiter d’un jumelage inégal. Ils peuvent cibler les joueurs plus lents ou plus petits intentionnellement.
5) Certains prétendent que la défensive homme-à-homme crée des relances plus difficiles ou plus lentes… car si notre équipe gagne possession, nos joueurs sont en 1v1 et donc tous collés à un adversaire. Le porteur a moins d’options immédiates. Avez-vous l’impression que l’on voit souvent le CH s’arrêter derrière son filet pour réorganiser l’attaque… plus que les autres équipes? C’est peut-être à cause de ça.
—–
Est-ce que la défensive hybride est optimale pour le CH?
Je me le demande. J’espère trouver du temps de qualité pour regarder cela de plus près. J’ai bien peur que la composante homme-à-homme demande aux poissons du CH de grimper aux arbres.
Les batailles 1v1, c’est là où Slafkovsky excelle de plus en plus et où il s’attire les faveurs de l’entraîneur.
Mais ça rend la tâche difficile aux petits joueurs du CH. Caufield (175 livres), Hutson (162 libres), Carrier (174 livres), Gallagher (183 livres), et même Evans (185 livres) sont beaucoup plus légers que leurs opposants.
Ce n’est pas un secret : contre les lourdes équipes, le CH en arrache.
Au niveau du poids, le CH se classe au 28e rang sur 32 dans la ligue. Mais cette donnée est faussée car 3 de ses 5 joueurs les plus lourds ne jouent pas vraiment (Xhekaj, Dach et Laine).
Si on corrigeait pour le temps de glace, ça serait encore pire car les 3 joueurs les plus légers du CH sont parmi ceux qui obtiennent le plus de temps de glace : Hutson, Carrier et Caufield. Ils sont suivis de Kapanen, Gallagher, Evans, Bolduc et Matheson, tous sous les 187 livres.
MSL est assurément un coach moderne et sa défensive hybride en est un exemple. Mais je me demande si le CH ne bénéficierait pas d’un système plus simple et intuitif, qui permettrait à ses petits joueurs d’obtenir du support lors des batailles. Une défensive de zone fitterait mieux aussi avec les habiletés de Xhekaj et Struble, ce qui permettrait aux coaches de les utiliser davantage. Enfin, la défensive de zone dépense moins d’énergie, ce qui pourrait aussi être bénéfique pour les joueurs utilisés à outrance.
Dans mon dernier billet, je vous disais que le rendement des Ducks était une surprise pour moi cette saison. L’un des changements instaurés par Quenneville est l’adoption d’une défensive de zone. Matière à réflexion.






