La déconfiture des Rangers ne me surprend pas. Je vous avais mis en garde au tout début de la saison et, ce faisant, j’avais effleuré un autre sujet : les événements qui mènent au déclin des Rangers ont fait la bonne fortune des Canadiens puisqu’ils ont amené Jeff Gorton à Montréal, au poste de Président des Opérations Hockey.
On donne souvent le crédit à Kent Hughes pour les récentes réussites parce que c’est la figure qui représente la Direction… mais je pense que le grand manitou, c’est Jeff Gorton. Et je pense qu’il préfère travailler dans l’ombre.
Rendons à César ce qui appartient à César:
Gorton a complété une Maitrise en Gestion du Sport en 1992. Pendant ses études, il a effectué un stage avec les Bruins au département des relations publiques. Les Bruins l’ont embauché dès sa graduation. Gorton est un passionné et il a touché à tout : statistiques, liaisons avec les médias, dépistage, et il en a profité pour notamment créer une base de données pour centraliser les vidéos et les rapports des dépisteurs, afin d’augmenter l’efficacité de ce département.
Il a été nommé Assistant au DG en 1999 et il occupa ce poste pendant 7 ans.
Photo: un jeune Jeff Gorton avec les Bruins
Quand Mike O’Connell a été démis de ses fonctions en mars 2006, Gorton a été nommé Directeur Général par intérim pendant que les Bruins complétaient leurs recherches pour nommer un nouveau DG. Gorton resta en poste pendant 4 mois. C’est donc lui qui était aux commandes pour le repêchage de 2006 et le marché des joueurs autonomes.
Gorton l’architecte des Bruins
Au cours de ce repêchage, Gorton a choisi Phil Kessel, Milan Lucic, et il a transigé des choix lointains pour s’avancer et sélectionner Brad Marchand. Il a aussi échangé Andrew Raycroft aux Leafs contre les droits de Tuukka Rask. Un vol!
(Raycroft fut désastreux et les Leafs ont racheté son contrat deux ans plus tard. Rask a gagné 2 Coupes Stanley avec les Bruins. Ironiquement, il est devenu le meilleur gardien repêché par les Leafs avec 308 victoires en carrière).
Dès l’ouverture du marché des joueurs autonomes, Gorton a mis la main sur Zdeno Chara et Marc Savard.
Incroyable, non? En 4 mois, Gorton a construit les Bruins que nous détestions tant à Montréal!!!
C’est lui qui a posé les fondations de l’équipe qui a gagné la Coupe en 2013 (et on peut même argumenter celle de 2019).
À posteriori, les Bruins auraient dû officialiser le poste de Gorton et en faire leur DG. Vous savez ce qu’on dit : « nul n’est prophète en son pays », et les Bruins embauchèrent plutôt Peter Chiarelli le 15 juillet.
Un an plus tard, Chiarelli a renvoyé Gorton et Daniel Doré (dépisteur) sans en donner les raisons. Bien sûr, les DGs aiment mieux avoir leur propre monde en place.
Et ce n’est probablement pas l’unique raison mais c’est peut-être la goutte qui a fait déborder le vase: un journaliste a publié qu’il y avait un profond désaccord sur la sélection de Zach Hamill avec le 8e choix overall. Si cela est vrai, c’est Gorton et Doré qui avaient raison. Hamill, un joueur de centre, ne s’est jamais établi dans la LNH. Les Bruins ont raté l’occasion de mettre la main sur (je fais mon Matthias Brunet ici) Logan Couture, lui aussi un centre, choisi juste après au 9e rang… et une panoplie de gros noms dont McDonagh, Shattenkirk, Pacioretty, Backlund, Perron, Van Riemsdyk…
Quand on regarde l’équipe qu’il avait construite à Boston, à New York et aujourd’hui à Montréal, on peut conclure que Gorton est l’homme tout désigné pour piloter une reconstruction. La mauvaise fortune des Bruins et des Rangers ont fait le trésor des Canadiens.
Le point d’interrogation?
À mon avis, Gorton arrive maintenant en zone inconnue. Il a construit de bonnes équipes. Il a bâti les fondations d’équipes en ascension mais il n’est pas encore resté en poste assez longtemps pour avoir à amener ces équipes aux grands honneurs. C’est là une autre sorte de navigation. Comment se maintenir avec des choix lointains. Comment ajouter les pièces manquantes sans se dégarnir. Je suis curieux de voir la suite.









