L’offre hostile de Carlsson a mis un peu plus de piquant dans un été qui, il faut l’avouer, était déjà assez mouvementé. En tout cas, plus que les années précédentes.
Si l’offre hostile a ajouté un peu d’action, je ne peux m’empêcher de constater que cette situation est causée par le fait que la ligue est dans un état lamentable.
C’est comme admirer un feu d’artifice … allumé dans un camion de vidange.
Je vous partage ma réflexion.
1. Il n’y a pas assez de centre #1 dans la ligue.
Premièrement, l’offre émanant des Flyers l’était par nécessité. Les Flyers ont Christian Dvorak comme premier centre. Il faut le faire. Et leur deuxième centre est Trevor Zegras, qui jouait à l’aile pour la majeure partie de l’année avant que Tocchet en fasse l’expérience et décide que c’était sa meilleure option… malgré que son taux de succès dans les mises en jeu soit de 34%. Ouin… vous avez bien lu : 34%.
Comme les Flyers ont fait les séries, leur reconstruction se trouve à toutes fins pratiques terminée (ou au mieux mis sur pause) et ils ne possèdent pas dans leurs rangs les prospects nécessaires pour bonifier leur ligne de centre. Leurs choix au repêchage ne leur permettaient pas d’en repêcher un; le marché des agents libres était vide; et leur tentative d’acquérir Larkin via un échange a été bloquée par ce dernier qui a refusé de lever sa clause de non-échange.
J’imagine Brière qui se gratte la tête. Comment pourra-t-il ajouter des centres quand à peu près toutes les équipes de la ligue en cherchent?
C’est simple : la ligue est dans un piètre état parce qu’il n’y a pas assez de bons centres. Pas assez de 1C… On repassera pour les 2C.
2. Le plafond salarial augment trop vite.
Présentement, on connait une séquence où le plafond salarial augmente de 10M$ par année pendant plusieurs années consécutives, ce qui a de lourdes conséquences.
Une première conséquence, évidente celle-là, c’est que cela crée de la distorsion dans la structure salariale des équipes. Un contrat signé l’an dernier est déjà « passé date ». Il est aujourd’hui trop faible pour le marché. Il le sera encore plus l’an prochain, au point d’en être ridicule.
C’est pourquoi j’avais soulevé l’an dernier l’urgence d’acquérir des joueurs sur un « vieux » contrat. Comme Robert Thomas. On peut ajouter Dylan Larkin et leurs contrats à 8M$. C’est une immense valeur ajoutée alors que leurs semblables signeront bientôt des contrats à 15M$.
Une autre conséquence que j’entrevois, c’est que cela va favoriser grandement les équipes qui ont traversé une reconstruction récemment… disons jusqu’en 2022. Les joueurs élites repêchés tout juste avant 2022 ont terminé leur contrat d’entrée dans la LNH et ont été récemment prolongés « sur l’ancien plafond » i.e. avant qu’il augmente coup sur coup de 10M$.
Ces équipes qui ont bénéficié de hauts choix dans l’intervalle 2018-2022 ont donc mis sous contrat à long-terme et à prix modique un noyau de bons joueurs qui va entrer dans son apogée. Les économies qui seront réalisées au cours des prochaines années seront un gros avantage (à condition que le DG l’utilise judicieusement).
Oui, c’est le cas du Canadien. Il est grandement favorisé par cette conjoncture.
(En plus que Hughes a extrêmement bien navigué les signatures de contrats. Mais même s’il ne l’avait pas fait, le CH serait quand même en bonne position aujourd’hui. Mieux qu’Anaheim… probablement mieux que les Sharks).
Une troisième conséquence du plafond qui monte, c’est que certaines équipes n’arrivent même pas à tout dépenser, même si elles essayent de manière insistante. Yzerman l’a dit l’an dernier lors de son bilan :
Nous avons remplacé Tarasenko par Van Riemsdyk et ainsi épargné sur la masse salariale. Pour faire quoi? Je ne le sais même pas… Je n’ai même pas eu l’opportunité de parler aux joueurs autonomes que nous avions visés.
Yzerman avait l’air habité d’un sentiment d’incrédulité/d’absurdité.
Ça semble être le même constat qu’à fait Brière à Philadelphie. Il a regardé le marché des joueurs autonomes lui passer sous le nez, puis sa belle marge accumulée et s’est demandé ce qu’il pourrait faire de tout ça. Sauf que Brière a décidé d’être actif et a misé 18M$ sur Carlsson. Ça peut sembler une bonne idée.
3. Les joueurs qui décident d’aller dans les 3 mêmes équipes
Finalement, cette situation est aussi créée par le fait que les joueurs de premier plan décident tous d’aller dans les trois mêmes équipes situées dans des États sans impôts et sous le soleil.
L’offre hostile représente un mécanisme permettant aux équipes défavorisées de tirer leur épingle du jeu et peut-être équilibrer un peu les chances en ciblant celles qui sont prises sous le plafond (en théorie, celles qui sont favorisées).
Un enjeu de la prochaine convention collective devra s’attarder aux joueurs qui dictent leur prochaine destination si la ligue veut se refaire une beauté. Ça serait important.
Il faudra se pencher sur les clauses de non-échange et sur les bonus de signature qui augmentent l’avantage des États sans impôts. Ce n’est pas un hasard que les vedettes de Panthers ont tous un salaire réel de 1M$, tout le reste étant payé en bonus de signature (rappel: le bonus est imposé entièrement en Floride. Le salaire, lui, dans l’État où se déroule chaque partie, au prorata).
—
Voilà. Certains s’émerveillent du joli feu d’artifice que l’on a cet été avec les Tkachuk, Carlsson, Larkin et autres qui crée du mouvement. Je les envie. Moi je suis obnubilé par le camion de vidange derrière. Je me demande où il s’arrêtera.
Il n’y a tellement rien à lire sur la planète hockey aujourd’hui. Je suis au désespoir. Je viens de voir…








