Avantage numérique 101. Si vous connaissez déjà, je m’excuse de ce billet un peu trop clinique. Mais je veux juste illustrer que le problème est profond et ne se résume pas à lancer davantage.
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Presque toutes les équipes ont le même système sur l’avantage numérique. Le fameux 1-3-1 avec ses subtiles variantes. (Il y a les Oilers qui sont différents et ne jouent pas vraiment le 1-3-1 mais ils peuvent compter sur un surhumain en McDavid.)
Le terme 1-3-1 réfère à la position des joueurs tel que vu à vol d’oiseau: un défenseur à la ligne bleue, trois joueurs au travers de la patinoire et un dernier plus bas sur la ligne des buts du côté de la rondelle.
On dit 1-3-1 mais la ligne de 3 joueurs dans le milieu ne forme pas une ligne droite. C’est important: de cette manière, chaque ligne de passe est différente. Si on trace des lignes entre les joueurs, on forme une multitude de triangles. Il est impossible pour les joueurs adverses de couper toutes les lignes. Ils doivent choisir. Il reste donc des options de passe ouvertes et la rondelle devrait circuler constamment jusqu’à ce qu’elle finisse par trouver un joueur dégagé avec un filet ouvert. C’est le but quasi-assuré (ok.. pas assuré. On dit 25%++).
« Shooootttt! »
Aujourd’hui, tout le monde dit que le Canadien doit lancer plus. Ce n’est pas aussi simple. Lancer au filet alors que notre chance de réussite est de moins de 5% est un vrai gaspille en avantage numérique. Le but est de garder possession et utiliser les lignes de passes jusqu’à ce que l’on crée cette occasion à 25%++… ce que le CH n’est pas capable de faire.
Le patron le plus courant est le « quick set low« . Le joueur en bas sur la ligne des buts recoit la rondelle et la refile sans l’arrêter au joueur devant le but qui a une cage à moitié déserte. Le tout se fait en une demie-seconde.
Je prends comme exemple les Stars qui ont un taux de succès de 33.3% cette année et qui marquent allègrement sur des quick set low. Sur cette séquence, j’ai dessiné les deux passes et le tir en rose. On voit clairement les lignes de passes qui sont dégagées. Un oeil averti voit ce but se dessiner à l’avance.
Deux joueurs des Flyers sont mal positionnés mais imaginez que la rondelle circulait rapidement avant que j’arrête l’image.

Les Bruins ont compté un but identique samedi. Un quick set low et l’on voit clairement le 1-3-1 des Bruins avec les lignes de passe qui sont non-couvertes par les joueurs des Canadiens.

La beauté du 1-3-1, c’est que si l’équipe adverse défend contre le quick set low, ca veut dire qu’il y a une autre ligne de passe qui est ouverte ailleurs. Sur ce jeu des Penguins, c’est Crosby en bas à droite qui est libre et qui a marqué d’un lancer sur réception. (Les Penguins sont les meneurs de la LNH avec 34% de réussite en avantage numérique, ce qui explique leurs succès).

Et il y a d’autres variantes… j’ai vu les Flyers qui jouent le 1-3-1 mais plus haut dans la zone et qui convergent vers le but pour faire ce qu’on appelle un « double écran ». J’ai trouvé ca très intéressant.
Les Canadiens, cette année, sont parfois en 1-3-1 mais plus souvent qu’autrement, si vous faites un arrêt sur image, ils sont désorganisés et vous allez les trouver comme ceci:

On dirait la bonne vieille formation parapluie (umbrella). Oui, la rondelle circule… mais ca reste en périphérie. Et ils ne trouvent pas ce joueur à 25%++ entre autres parce qu’il n’y a personne devant le filet.
Difficile de dessiner 2 passes qui vont permettre un but lorsque l’on fait « pause ». Alors voilà pourquoi la rondelle circule, circule… et les joueurs du CH, faute de hautes chances de marquer, au moins en garde possession.
Avec ce nouveau schéma, Suzuki est très bas du côté de Caufield. On dirait parfois qu’ils se pilent sur les pieds. Caufield est plus proche du filet donc c’est terminé les tirs sur réception du point de mises en jeu qui nous ont régalés l’an dernier (comme Crosby dans l’exemple plus haut).
Les coachs devront tout revoir. La composition des deux unités afin de donner le bon rôle au bon joueur (i.e. possiblement remettre Bolduc sur le PP1 … et Caufield à sa place). Et revoir le positionnement sur la glace.






