Ces jours-ci, tout le monde effleure la question lorsque l’on parle du « tanking » et de la date limite des échanges… mais personne n’y répond:
Est-ce qu’il existe une recette idéale pour construire une équipe championne?
Les Canadiens ont essayé la stratégie d’avoir le plus possible de joueurs dont le nom commence par « J » (photo ci-dessus), louable tentative qui a échoué.
Pour répondre à la question (et être sûre d’attraper la migraine), j’ai examiné les 4 derniers gagnants de la Coupe et regardé une panoplie de facteurs (trop long pour énumérer ici). Les équipes sont:
2020-21 Lightning
2021-22 Avalanche
2022-23 Golden Knights
2023-24 Panthers
J’ai trouvé un truc intéressant qui vaut la peine d’être partagé. À ma surprise,les gagnants ont utilisé des stratégies complètement différentes pour bâtir leur équipe. Je ne m’attendais pas à ca.
À une extrémité, on retrouve le Lightning qui, contrairement aux autres équipes, a opté pour le repêchage et le développement. Ils ont « repêché » 8 de leurs 10 meilleurs marqueurs (je mets le mot repêché entre parenthèse car 2 joueurs n’ont jamais été repêchés mais ce sont joints à titre de joueurs invités. Pour moi c’est du pareil au même). Sur ces 8 joueurs repêchés par le Lightning, 6 ont fait un stage dans le club école. Les deux autres ont gradué directement avec l’équipe mais c’est sans surprise puisqu’il s’agit de Hedman et Stamkos. Sur les 10 meilleurs marqueurs, seulement 2 joueurs ont été obtenus via un échange (Sergachev et Coleman) et aucun n’est arrivé comme agent libre.
Encore mieux, si on regarde que les 5 meilleurs marqueurs, ils ont tous été repêchés et sont les produits de l’organisation.
On le savait déjà mais c’est amusant de le mettre en chiffre: le Lightning a été patient et privilégié le développement.
L’Avalanche et les Knights ont une approche que je qualifierais d’ « intermédiaire » :
L’Avalanche a repêché 4 de ses 10 meilleurs marqueurs; 5 se sont ajouté via des échanges et un seul comme agent libre. 4-5-1… C’est plutôt équilibré.
Vegas est plus difficile à analyser car elle est dans une situation hors de l’ordinaire : l’équipe a gagné la Coupe après seulement 6 années d’existence et plusieurs joueurs ont rejoint l’équipe via le repêchage d’expansion. Tout de même, en 6 ans, ils avaient eu le temps de développer leurs propres joueurs (surtout qu’ils avaient 3 choix de première ronde en 2017), alors c’est quand même surprenant de constater qu’aucun joueur de l’édition gagnante n’a été repêché par l’organisation. On peut considérer que les joueurs choisis lors du repêchage d’expansion sont un peu l’équivalent de choix au repêchage traditionnel que l’équipe aurait eu le temps de développer si elle avait eu une plus longue existence. Parmi les 10 meilleurs marqueurs, 4 sont arrivés lors de l’expansion, 4 ont été obtenus lors d’échanges, et les 2 autres sont arrivés comme agents libres. Tout comme l’Avalanche, Vegas à 4-4-2 est donc « équilibré ».
Finalement, la Floride est à l’autre bout du balancier avec seulement 2 joueurs repêchés par l’organisation (Barkov et Lundell) parmi les 10 meilleurs marqueurs. Quatre ont été obtenus par voie d’échange, trois sont arrivés comme agents libres et un autre joueur fut réclamé au ballotage. La Floride a vraiment utilisé une stratégie d’acquisition (2-4-4).
J’ai trouvé surprenant de découvrir 4 stratégies différentes allant du repêchage/développement (Lightning) jusqu’à l’acquisition de joueurs via les échanges et le marché des joueurs autonomes (Floride).
Si on regarde les années qui précèdent l’accession aux séries, il n’y a aucun pattern qui permet de deviner quelle stratégie sera appliquée. Par exemple, les Panthers avaient raté les séries 16 fois en 18 ans et on aurait donc pu penser que cette équipe aurait misé sur ses choix au repêchage… mais ce n’est pas le cas.
Un autre exemple : on sait aussi que la Floride est dans une situation privilégiée pour attirer les joueurs autonomes, mais c’est tout autant le cas pour le Lightning et pourtant Tampa n’a pas utilisé cet outil.
Peu importe la stratégie préconisée, il reste qu’il y a un malheureux dénominateur commun : contourner le plafond salarial en utilisant la liste des blessés à long-terme. Ça, ça semble plus efficace que de repêcher des joueurs en « J ». On se souvient que cela avait permis à Tampa de dépasser le plafond salarial de 15M$ alors que Kucherov et Stamkos ont visité l’infirmerie pendant une partie de l’année. Même chose pour Vegas (avec Lehner et Stone). La Floride a profité d’un montant plus raisonnable (5M$) alors que Ekbald et Montour étaient blessés en début d’année. Il reste le Colorado qui n’a pas tiré profit de cette stratégie, en tout cas pas de manière déraisonnable. Je pense que seul Francouz s’était retrouvé sur la LTIR (pour un montant avoisinant 2M$).
Qu’en est-il du CH?
Présentement, 5 de leurs 10 meilleurs marqueurs sont des produits de l’organisation (Caufield, Hutson, Slaf, Evans, Gallagher) et 5 ont été acquis via des échanges (Suzuki, Matheson, Laine, Armia, Dach).
Mais si on regarde uniquement les 5 meilleurs marqueurs, 4 ont été repêchés par l’organisation et le 5e est Nick Suzuki donc c’est tout comme!

Avec l’arrivée imminente de Demidov (pas sur la photo), Beck, Mailloux, Xhekaj, et Reinbacher (si ils ne sont pas échangés d’ici là) le CH penche un petit peu plus vers la stratégie du Lightning.






